Quelles stratégies de sortie des politiques d’assouplissement quantitatif ?

Le 6 avril dernier, dans l’Agefi, on pouvait lire « la Fed tiraillée sur la stratégie de sortie de l’assouplissement quantitatif » : en effet, la hausse de l’inflation suscite des craintes au sein du FOMC. Ils s’interrogent sur la nécessité de la poursuite ou la sortie des politiques d’assouplissement quantitatif.

Cette stratégie a été mise en place suite à la crise financière de 2007 afin de stimuler l’économie. La faiblesse de l’inflation et le niveau élevé du chômage étaient les éléments avancés pour mettre en place cette mesure. Cette dernière peut en effet, avoir un impact indirect sur l’économie réelle en favorisant des taux d’intérêt bas dans l’immobilier et pour les entreprises.

Cependant, elle comporte aussi le risque de noyer l’économie mondiale en liquidité et de favoriser la création de bulles sur certains actifs. Au T4 2010, la croissance du PIB américain s’élevait à environ 3%, supérieure aux attentes, soutenue en particulier par les investissements des entreprises. De plus, le QE2, mis en place en novembre 2010 avec l’achat de 600Mds$ de Treasuries jusqu’à juin 2011, a favorisé via la dépréciation du dollar, une hausse des exportations et donc une réduction du déficit commercial. Cela porte donc un programme d’achat de 900 Mds$ de bons du Trésor. Ces améliorations conjoncturelles nous permettent de nous interroger sur la stratégie de sortie de ces politiques d’assouplissement quantitatif.

Avec des perspectives positives tel que le retour de la croissance, il est nécessaire de modifier cette politique trop accommodante. Une stratégie de sortie de crise par une normalisation de la politique monétaire est déjà en cours. La Fed devra procéder à une destruction de la monnaie. Pour retirer cette liquidité en temps voulu, elle peut utiliser le taux de rémunération des réserves. Elle fait remonter les taux courts en relevant le taux de rémunération des réserves. L’idée est d’inciter les banques à ne pas prêter au marché si elles ont la possibilité d’être rémunérées sans risque à un meilleur taux en plaçant leur liquidité à la Fed. Cette hausse du taux de rémunération des réserves permettra de conserver la liquidité des banques dans son bilan pour équilibrer avec l’achat de titres.

Du coté de la BCE, on a eu recours également à des injections massives de liquidité suite à la crise mais elle n’a jamais envisagé à faire un programme de rachat des bons de trésor comme dans le cadre du « quantitative easing » aux Etats-Unis. Elle privilégie en effet le système bancaire comme canal de transmission de sa politique monétaire par la procédure d’appels d’offres exceptionnels de refinancement pouvant aller jusqu’à un an. Pour le retrait des liquidités, la BCE passent par les facilités permanentes que ce soit les facilités de prêt marginal ou les facilités de dépôt.

Ainsi, on distingue un rôle essentiel des banques centrales dans la gestion de la crise mais aussi dans la sortie de crise. Elles doivent donc trouver le moment opportun pour procéder à une phase de destruction monétaire et ne pas impacter la croissance et l’emploi.

En effet, une banque centrale dispose de plusieurs instruments pour arriver aux objectifs visés. Ainsi, celle-ci peuvent avoir recours à des politiques conventionnelles qui vont agir via le canal du taux d’intérêt et le canal du crédit. D’autre part, la banque centrale peut utiliser des politiques non-conventionnelles si les précédentes fonctionnent mal (liés à un taux directeur trop bas, trappe à liquidités, resserrement du crédit), notamment en ayant recours à un assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) ou bien qualitatif (Qualitative Easing).

Dans le premier cas, il s’agit d’influencer les taux long des actifs financiers en faisant gonfler le bilan de la banque centrale. Ainsi, il s’agit d’augmenter massivement la masse monétaire en circulation dans l’économie et permet de renflouer les banques qui vont pouvoir augmenter leur offre de crédit. De plus, précisons toutefois que l’assouplissement quantitatif permet –via plusieurs mécanismes- de faire croitre la croissance économique.

Aussi, nous pouvons remarquer que l’assouplissement qualitatif intervient lorsque la banque centrale vise à obtenir une meilleure qualité de ces actifs tout en conservant une taille constante de ces engagements .

De fait, il apparait comme nécessaire de s’interroger sur les différentes stratégies de sortie des politiques du Quantitative Easing. Notons que pendant la crise des subprimes cette mesure non conventionnelle a favorisé les flux de capitaux vers les pays émergents mais aussi a entraîné une baisse des taux d’intérêts, entretenant une abondance de liquidités sur les marchés. Actuellement, rien ne laisse présager que la Fed vende des titres obligataires américains, cependant nous pouvons nous interroger quant à ses intentions pour le second semestre 2011 (ce qui ne sera pas sans conséquences sur les marchés). Le risque suite à l’abandon du quantitative easing est la flambée des taux d’intérêts obligataires accompagnée d’une forte inflation. Ainsi, la stratégie a adopté pour la Réserve Fédérale sera de gérer au mieux les tensions inflationnistes ainsi que la volatilité des taux longs ; sans oublier pour autant de réguler les flux de capitaux qui risque de se diriger sur les matières premières et les marchés émergents.

Face aux différentes stratégies de sortie d’assouplissement quantitatif américaine, on peut constater que la BCE a eu une attitude prudentielle face à cette mesure non-conventionnelle. Ainsi, même confrontée à une crise de dette souveraine, l’Union Européenne s’est toujours montrer réticente à s’engager dans cette mesure.

Conséquemment, les stratégies de sortie de quantitative easing sont donc adressées pour la plupart au gouverneur de la Fed puisque la BCE n’est que peut engagée dans cette voie. Pour la Fed, il sera donc nécessaire de s’interroger quant-à la destruction monétaire en vue d’enrayer les tensions inflationnistes qui pèse sur l’économie américaine. La BoE n’est pas en reste car pendant la crise, celle-ci a eu recours à des mesures non-conventionnelle à hauteur de 160 milliards £.

Le Quantitative Easing, ou ce que certains ont qualifiés de « Mesures désespérées pour des temps désespérés »….

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