Institution et marché

Les différentes crises économiques ont mis à rude épreuve les institutions et certains économistes les considèrent comme néfastes pour l’économie de marché. Par exemple, elles ne permettent pas d’acheter au prix optimal les biens ou services (taxe, cotisation). Néanmoins, elles assurent d’autre part une certaine stabilité des revenus (minimas sociaux, lutte contre l’inflation) ce qui permet aux marchés de ne pas connaître des périodes de profonde récession, enfin tout du moins de les limiter: les institutions permettent donc une meilleure allocation des ressources.

Economie de marché
Lieu d’échange entre les différents agents économiques. Exemple : marché du travail, marché des Biens et Services.

Institutions
Ensemble de normes et de valeurs communément admises par un groupe d’individu dans une société donnée. Exemple : Etat, famille.
Syndicat, famille et mondialisation : les moteurs des institutions.

Depuis « La richesse des nations » d’Adam Smith (1776), nous avons assisté à un fort développement des institutions tout en ayant une croissance forte. La fin du 19ème siècle est, par exemple, marquée par la création du syndicat qui est une institution favorisant la communication entre les agents économiques. Elle a favorisée le marché mais avant tout les individus qui travaillaient dans les entreprises (sentiment de confiance) et a donc apportée une ressource morale. Durant les 30 glorieuses, le développement de l’Etat providence grâce à une croissance forte (5% de moyenne) a permis le développement de liberté individuelle, une hausse régulière des revenus, une augmentation des congés payés,…

Ensuite, la famille joue un rôle important dans l’économie de marché car les individus utilisent le contexte social pour optimiser leur choix. Par exemple, durant la 1ère révolution industrielle, nous avons assisté à la création de ville usine afin que les salariés puissent venir vivre avec leur famille. Ces villes-usines étaient dans le but d’une optimisation de la satisfaction des salariés afin d’augmenter la productivité du salarié dans le but d’éviter les déprimes à cause de l’éloignement familial. Enfin, l’intégration économique et sociale entre les différents pays a permis la création d’institution mondiale. Cette mondialisation favorise une allocation optimale des ressources au niveau mondial c’est-à-dire une meilleure allocation des facteurs de production. Par exemple, une entreprise peut aujourd’hui produire en Chine tout en gardant son siège en France.

Théories
La théorie néo-classique admet que même en situation de concurrence pure et parfaite, le marché à trois défaillances : les biens & services publics, les externalités et les monopoles naturels. En cas de défaillance, la mise en place d’institution est nécessaire car si un pays n’a, par exemple, pas de protection (police, armée), les habitants ne se sentiraient pas en sureté et donc cela pourraient avoir un impact sur leur travail et sur leur ressource (payer un garde du corps, baisse de productivité,…).

David Ricardo et Jean-Baptiste Say considèrent les institutions, dans ce cadre, indispensable afin que le marché soit en situation optimale et donc que le bien être des individus soit maximalisé. Cette institutionnalisation du marché doit être accompagnée par des politiques structurelles permettant de modifier le marché afin d’améliorer toujours plus l’optimalité du marché. Il est néanmoins important de souligner que les néo-classiques ne sont pas partisans de politique de relance mais d’un Etat gendarme au service de l’économie de marché. Hayek rompt avec l’idée néo-classique en considérant que le marché s’autorégule mais surtout s’auto institutionnalise c’est-à-dire que le marché créé lui-même les institutions dont il a besoin. Par exemple, le marché choisit sa monnaie par élimination et conserve la monnaie qui est acceptée par tous (exemple argent et or au 19ème siècle).

L’historien Karl Polanyi a remis en cause l’idée que le marché est facteur d’institution. Pour lui, les individus se coordonnent de trois manières différentes : marché, redistribution et réciprocité. Son étude montre que ce n’est pas la coordination par le marché qui prévaut mais plutôt les deux autres : les institutions sont donc facteur de bien-être et d’optimisation.

Rôle de l’Etat
L’Etat est aujourd’hui une entité omniprésente dans nos économies et s’oppose à la fragilité d’ancienne institution (ex : mariage). Le développement des revenus sociaux ont permis aux individus de mieux subvenir à leurs besoins avec notamment le SMIC qui offre une garantie tout en augmentant la rigidité sur le marché du travail. L’Etat prend donc de nombreuses mesures (RSA, injection de liquidité,…) pour maintenir un équilibre stable lorsque le marché est en perte de vitesse. Cette création de revenu permet aussi aux marchés de fonctionner car elle assure aux employeurs une garantie de demande minimale mais nous en sommes en droit de nous demander si alloue de manière optimale les ressources ?

En effet, l’Etat a toujours eu du mal à contenir ses dépenses et n’a jamais réussi à raisonner en dynamique c’est-à-dire offrir moins en période d’expansion et plus en période de crise. Cette idée semble aujourd’hui indispensable pour l’avenir de l’Etat au vue des dettes des pays de l’OCDE, tous les gouvernements ont du faire des sacrifices qui pèsent sur la population (ex : Grèce) et sur l’allocation des ressources. L’autre combat de l’Etat, en France, est la recherche et développement. La France est aujourd’hui en retard sur ses concurrents européens notamment en ce qui concerne la R&D privée qui ne représente que 1.2% du PIB et cela fait qu’aujourd’hui la France souffre d’un problème de sous compétitivité.

Keynes et le marché
Les théories keynésiennes ont démontré que le marché pouvait fonctionner sous réserve d’institutions fortes. En effet, les néo-keynésiens remettent en cause l’atomicité, la transparence et l’homogénéité des marchés. Selon eux, les entreprises ont un impact sur le marché et peuvent influencer les choix des consommateurs. Keynes démontre que les politiques budgétaires sont facteur de satisfaction économique et sociale.

En effet, il part de l’hypothèse que les individus aient besoin du travail pour être satisfait et en faisant, par exemple, une politique de grands travaux on diminue le chômage et augmente la consommation des ménages. Ensuite, les néo-keynésiens ont mis à jour des situations où le marché ne pouvait pas être efficient et optimal pour allouer correctement les ressources. George Akerlof (1970) et son célèbre marché des citrons, montra les effets d’asymétrie de l’information sur le marché des voitures d’occasion. Dans ce cadre, l’Etat doit instaurer pour éviter que le marché ne disparaisse ou tout simplement que la mauvaise voiture soit toujours sélectionnée. Les asymétries d’informations seront reprises dans d’autres théories : aléa moral, théorie des contrats implicites,…

En conclusion, cette analyse met en avant les relations qui existent entre le marché et les institutions. Elle fait appel aussi bien à des exemples qu’à la théorie dans le but de comprendre comment la mise en place d’institution a permis une amélioration de notre satisfaction et parfois une meilleure allocation des ressources. Le rôle des institutions est aujourd’hui indispensable au bon fonctionnement de l’économie (quoiqu’en pense les classiques) et il est intéressant de voir qu’historiquement l’économie de marché n’a jamais dominé. En effet, les institutions résistent aujourd’hui à l’idée de « l’homo economicus » qui définit l’Homme comme une personne égoïste ne recherchant que son propre profit.

Maxime Rousseff

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