COVID-19 et Cygnes Noirs, pour un nouveau paradigme socio-économique ?

Certains événements qui se produisent sur la planète Terre ne se prévoient pas. Il n’y a que d’infimes probabilités pour que ces derniers se produisent, mais pourtant, c’est le cas pour certains d’entre eux. Ces événements sont imprévisibles et provoquent des situations sans précédent. On les appelle « les cygnes noirs ». Cette appellation a été conceptualisée par l’écrivain et trader Nassim Nicholas Taleb pour décrire ce que l’on peut considérer comme les catastrophes les plus importantes de l’histoire de l’humanité. L’auteur répertorie dans son livre « Le Cygne noir : La puissance de l’imprévisible » (ed. Les belles lettres) de nombreux exemples de cygnes noirs qui se sont déroulés, pour certains, dans le passé et qui ont causé de nombreux dommages, irréversibles à l’échelle mondiale, sur un plan économique, social et supprimant la vie à des dizaines de millions personnes. Les sources présentées ci-dessous se basent sur l’article original : « COVID-19 and black swans: lessons from the past for a better future » rédigé par l’économiste J. Garcias Arenas.

La Première Guerre mondiale, le krach boursier de 1929, et plus récemment l’attentat terroriste des twins towers en 2001 ainsi que la crise des subprimes en 2008, sont des cygnes noirs. Plus distinctement et tout aussi « brutales », les pandémies, dont la peste noire au 14ème siècle, la grippe espagnole de 1918 à 1920 et le COVID-19 en 2020, peuvent aussi se rajouter à la liste noire des catastrophes qu’a subi l’humanité entière. Au fil des siècles, les sociétés se sont relevées de ces épisodes imprédictibles. Mais quand est-il vraiment des conséquences socio-économiques quand un cygne noir vient à secouer l’ordre des choses ?

Un impact conséquent sur l’économie

Un économiste de l’université d’Harvard, Robert Barro a travaillé sur la question qu’est de savoir à quelle fréquence ces événements indomptables arrivaient et pouvaient impacter sur la baisse radicale du PIB d’un pays choisi. L’étude démontre que ces épisodes arrivent tous les 50 ans, soit deux tous les siècles, amenant ainsi à une moyenne annuelle de 2%. Les effets des cygnes noirs et particulièrement les pandémies fragiliseraient durablement l’économie. C’est ce qu’exposent les chercheurs O. Jorda, Sanjay R. Singh et Alan M. Taylor, National Bureau of Economic Research dans un article paru en 2020 intitulé « Longer-run Economic Consequences of Pandemics ». En effet, les pandémies sont vectrices de dommages économiques structurels qui entraîneraient une baisse prolongée sur les taux d’intérêt pendant les 40 prochaines années après la crise. Cela s’explique notamment par les ménages qui épargnent après ces événements marquants en cas de prochaine vague sur les décennies à venir. En Europe, cela se ressent sur la diminution massive des investissements : Une conséquence néfaste due à l’impact des pandémies sur les opportunités de taux d’intérêt et une dose de prudence notable.

Basés sur ces constats, les effets du COVID-19 pourraient perdurer pendant une certaine période, non définie ; quant à l’impact dans nos vies, l’économiste J. Garcias Arenascela explique que cela « en grande partie la question est de savoir si des changements durables se produisent dans nos préférences et habitudes de consommation et d’investissement. » De plus, un second argument peut soutenir cette hypothèse, celui du vaccin. Trouver un vaccin prend du temps, et ainsi la date de commercialisation recule.

LA COVID-19 post confinement : qu’a-t-on appris de cette crise ? © Morning Brew – Unsplash

La pandémie du COVID-19 tel un cygne noir

Comme nous l’avons vu plus haut, nous distinguons les cygnes noirs des pandémies. Toutefois, le COVID-19 possède des particularités qui la catégorise davantage comme un cygne noir, car « c’est un événement qui a une faible probabilité se matérialiser, mais son impact est très élevé. » souligne J. Garcias Arenascela. De plus, il est imprévisible même si ce point fait débat, car des spécialistes avertissent sur les possibilités et émergences de nouvelles pandémies.

Mais il est intéressant de se poser les bonnes questions et de savoir si une fois cet épisode sanitaire passé, les sociétés continueront d’évoluer dans l’avant COVID-19 où y aura-t-il des changements radicaux importants ? La question reste en suspens, mais en se reportant aux anciennes crises sanitaires vécues, ces dernières laissent une profonde cicatrice dans les sociétés.

La peste noire, vers un nouveau paradigme socio-économique

L’exemple de la peste noire nous montre à quels points des changements socio-économiques inattendus et positifs ont pu s’observer sur le long terme. Après sa période ravageuse, éradiquant « 60% de la population européenne » entre 1346 et 1353, la pénurie de main-d’oeuvre entraîna une hausse massive des salaires ainsi qu’un pouvoir de négociation des travailleurs, affaiblissant ainsi le système féodal en Europe occidentale. Cet exemple ne peut se dupliquer sur celui du COVID-19, car le taux de mortalité de la population active est moindre, mais souligne nettement le fait que des modifications importantes dans le cadre sociétal peuvent être bouleversés.

Ces nouveaux paradigmes ont porté ses fruits, car une augmentation du niveau de consommation jusque là jamais observé par les survivants ont été observées post-pandémie. « Ce qui constitue une exception au schéma d’augmentation de l’épargne privée habituellement observé après les pandémies. » De plus, en Europe un soulèvement des consciences et l’émergence d’inventions pour palier la pénurie de main-d’œuvre, ont vu naître des innovations majeures telles que l’imprimerie de Gutenberg et le droit des femmes à travailler. La société devenue riche et plus sophistiquée, a su créer un rythme de production plus important pour répondre à la demande, appelant ainsi les travailleurs ruraux à venir en ville travailler et consommer.

Au fil des crises sanitaires, les sociétés ont su se remettre en question et apporter des solutions utiles et viables qui ont fait progresser l’humanité sur le plan de la santé, de l’industrie, de la technologie et de tous les corps universitaires et institutionnels. Des mesures sanitaires ont été renforcées pour préserver la vie d’autrui, comme la mise en place de contrôles sanitaires aux frontières ou le confinement. De plus, les infrastructures urbaines se sont aussi développer pour prévenir les futures pandémies. Dont l’amélioration des réseaux des égouts -pour éviter la contagion par la consommation d’eau contaminée- constatée suite à l’épidémie de choléra dans la ville de Londres au XIXème siècle.

Quelles leçons tirées de ces cygnes noirs sur un plan socio-économique ?

Les leçons économiques apprises de ces événements marquants, viennent à la suite du krach boursier de 1929. Durant cette crise financière, le gouvernement s’est montré impuissant face à la faillite des banques et des entreprises et face à la hausse massive du chômage. Cet échec de la part de l’Etat face à cet épisode sombre dans le monde économique a permis aux  autres États d’en tirer les leçons et de prendre des mesures plus strictes et pragmatiques face aux crises économiques mondiales qui ont suivi. Les politiques protectionnistes ont su peu à peu s’ouvrir sur le reste du monde et libéraliser leur économie. La crise de 2008 a aussi démontré les failles du secteur financier en déclin et manipulateur, entraînant à reconsidérer le rôle des États en créant des autorités pour surveiller le système bancaire et ainsi veiller à faire appliquer des règles plus élevées en matière de fonds propres, liquidités et transparence.

À chaque époque, les cygnes noirs ont su donner de nouvelles perspectives et ont fait prendre conscience aux sociétés qu’il n’était pas viable de se reposer sur ses acquis. Les phénomènes atypiques arrivent et apportent avec eux leur lot de problèmes qu’une fois de plus, il est important de résoudre par une prise de conscience pour ne pas reproduire les mêmes erreurs du passé.

Image mise en avant : © Marvin Rozendal – Unsplash

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