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Aléa moral, institutions et crise.

Posted by Economie-Finance.com on Lundi, 15 décembre, 2008

Afin de mieux cerner notre propos, commençons par une définition du risque moral (moral hazard en anglais) dans le cadre d’asymétrie d’information. Le risque moral (encore appelé aléa de moralité) est le second concept induit par une situation d’information asymétrique. Mais, à la différence du risque d’antisélection, il s’agit d’un risque postérieur à la conclusion du contrat (« ex-post »). Le fait de conclure un contrat avec un agent risque de provoquer de sa part un comportement négatif (peu « moral ») susceptible d’aggraver a posteriori les conditions de la partie principale qui s’est engagée.

L’exemple classique est fourni en matière d’assurance. Le contrat est par nature aléatoire, c’est-à-dire que l’assureur couvre un risque dont il ne peut qu’estimer la probabilité de survenance. Or, le fait d’être garanti peut accroître la prise de risque de la part de l’assuré.

En supposant qu’une compagnie d’assurance accepte d’assurer les automobilistes contre les amendes et frais liés aux excès de vitesse, le risque est grand pour l’assureur de voir ses assurés rouler encore plus vite (et donc de devoir payer plus d’amendes) en raison même de l’assurance.

Certains prétendent aussi que le remboursement à 100 % des médicaments entraînerait une surconsommation médicale.

En économie financière (finances nationales ou internationales), la théorie conduit à affirmer que la remise de certaines dettes ou l’existence d’un prêteur en dernier ressort (Institution internationale, État ou Banque centrale) peut aussi inciter les agents endettés (par exemple des banques commerciales ou des pays) à prendre des risques excessifs affectant leur solvabilité puisque ces agents, quoiqu’il arrive, n’ont pas à craindre les conséquences de leurs actions.

En économie de la réglementation, une entreprise qui a passé un contrat avec les pouvoirs publics peut ultérieurement à la passation du contrat, se montrer peu efficace, voire inattentive à sa gestion (tel est le cas de l’entreprise indemnisée pour faire des investissements de dépollution qui se soucie peu, après avoir été indemnisée, de l’environnement ; ou du monopole public qui se préoccupe plus de son intérêt propre que de l’intérêt général).

La stratégie pour limiter le risque moral est double : elle passe par le contrôle du mandant ; elle peut consister aussi en l’intéressement de l’agent aux résultats afin de s’assurer de son efficacité effective.

Quid des plans de sauvetage actuels ?

Peu de gens se posent cette question, qui pourtant doit trouver un écho: certes les banques sont des entreprises à part, comme nous l’avons vue lors de précédents articles, mais en quoi des entreprises industrielles telles que General Motors ou Ford sont des entreprises aussi spéciales que les banques (qui détiennent nos épargnes et nos comptes courants et qui financent l’économie via la mise à disposition de crédits et d’outils de financement) ?

Bien évidemment, je ne proclame pas ici ma volonté d’assainir l’économie au point de faire émerger une volonté de mise à la porte pour chômage technique de milliers d’ouvriers américains du secteur automobile, mais je me pose la question suivante: sauver General Motors and Co. au risque de voir taper à la porte de l’état interventionniste d’autres entreprises en difficulté (infrastructures, transports, construction…) qui réclameront une forme de jurisprudence interventionniste (exagérée), ou laisser faire le marché (financement, loi sur les faillites aux U.S.A, fusions et acquisitions de certains pôles…) au risque évident de détruire des milliers d’emplois ?

Je ne pense pas qu’une réponse manichéenne puisse exister.

Mais une évidence subsiste tout de même: le risque engendré par une suite de faillites et de fusions acquisitions, entrainant des destructions d’emplois massives, est tout de même bien inférieur au risque engendré par une intervention de l’état (massive elle aussi), permettant aux (grosses) entreprises de prendre des risques surdimensionnés avec leur outils de production (tant du point de vue du capital financier que du capital humain et matériel). Car ne nous voilons pas la face: c’est bien d’une autorisation implicite à prendre un risque « anormal » dont on parle. En d’autres termes, c’est un problème (« massif ») d’aléa moral dont il est question ici. Il faudra pourtant choisir.

Aléa moral vs. destructions massives d’emplois

Les entreprises du secteur automobile sont les premières concernées, mais ne seront surement pas les dernières. En effet, la gestion déplorable de leurs anticipations de vente n’est pas la raison principale de la quasi faillite de ce secteur d’activité. La restriction du crédit (car 95% des achats de véhicules se font à crédit) conjuguée à une aversion des consommateurs/entreprises pour les investissements (confiance vs. automobile) reste la principale cause de la chute vertigineuse des ventes et des anticipations de ventes de voitures dans le monde.

De la même manière, des secteurs tels que la construction et l’immobilier, l’aviation et la construction navale (ou d’autres infrastructures), seront touchés. Faudra-t-il intervenir ? Posons la question en supposant que l’état (américain, français, allemand) intervienne: pourquoi ne pas intervenir ? En effet, si l’état intervient une fois, il est « obligé » d’intervenir mille fois car l’un réclamera comme l’autre prétextant, non sans torts, qu’il n’est pas une industrie négligeable (du point de vue du capital humain par exemple).

Le risque moral se manifesterait aussi par le fait que l’état, en intervenant, permet à ces entreprise (ou d’autres) de renforcer l’idée que la prise de risque est « assurée » par l’état qui renfloue les caisses.

Une crise sans fin ? Une crise a toujours une fin, mais les moyens d’y parvenir différent fortement selon les économistes et les politiques. Mais bien que le retour en grâce de l’interventionnisme est largement validé par tous les pays du monde, il faut rester calme et surtout ne pas se précipiter au risque de créer un crise encore plus grave pour les années à venir: le surplus de confiance envers l’état « assureur ». Sans pour autant me référer à une certaine main invisible du marché* (Adam Smith), il serait préférable de laisser l’économie trouver son chemin, même si l’on passe par des moments difficiles en termes de chômage et de déceptions.

Dernière question avant de clôturer cet article
En plus de l’arbitrage complexe exposé si dessus entre la limitation du risque moral et l’intervention permettant de « sauver » certains secteurs industriels tels que l’automobile, un second arbitrage doit être exposé et analysé au plus vite par l’administration (qu’elle soit américaine ou européenne): quel serait le différentiel entre le cout de la non-intervention (paiement par l’état des allocations chômage, pertes des charges salariales et patronales, baisse du pouvoir d’achat diminuant les recettes fiscales etc…) et le coût de l’intervention de l’état ? En effet, cela ne couterait-il pas plus cher à l’état d’intervenir au risque que cela ne marche pas (si l’économie ne suit pas, la demande n’est pas là, les stocks sont trop conséquents, la technologie (pétrole) est en transition (voiture électrique, normes écologiques)…) plutôt que de ne pas intervenir ?

Une chose est sure (et même certaine): l’état est perdant et par voie de conséquence nous sommes perdants (peut être pas nous mais nos enfants).

*Adam Smith n’est pas pour autant l’apôtre d’un capitalisme sauvage. Le principe du marché tel qu’il le décrit s’applique à l’économie artisanale de son époque. Il en a conscience et dénonce les industriels qui par les ententes et les monopoles tentent de contourner la loi du marché à leur seul profit. Ce n’est donc pas l’État qui menace le plus l’économie de marché mais plutôt les industriels, et il revient à l’autorité souveraine de s’assurer du respect des règles du marché.

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Madame la ministre de l’économie…

Posted by Economie-Finance.com on Lundi, 24 novembre, 2008

La ministre de l’économie, Christine Lagarde, a indiqué lundi qu’une baisse temporaire de la TVA, comme le gouvernement britannique pourrait l’envisager pour relancer son économie, n’était pas à l’ordre du jour en France.

« La grande incertitude quand on baisse le taux de TVA, c’est de savoir à qui ça profite. Si ça profitait complètement aux consommateurs, ce serait sûrement une bonne mesure », a estimé Mme Lagarde, interrogée par des journalistes en marge d’une réunion sur la finance à Paris.

Mais « si ça profite à l’ensemble des échelons de la chaîne entre le producteur et le consommateur, ça renforce les marges. Je ne suis pas sûre que ce soit l’impératif absolu aujourd’hui », a-t-elle expliqué, jugeant en outre qu’une telle mesure risquait de stimuler les importations et donc de profiter aux économies étrangères plus qu’à la France.

Le gouvernement britannique a annoncé son intention de baisser temporairement son taux de TVA d’au moins deux points de pourcentage, selon la presse.

La TVA, actuellement à 17,5% en Grande-Bretagne, pourrait être abaissée jusqu’au minimum admis par l’Union européenne, soit 15%, mais serait remise au niveau actuel d’ici deux ans au plus, quand la situation économique s’améliorera.

En France, le taux normal de TVA est de 19,6%. Comme nous l’avions précédemment écrit dans notre article sur la rigidité des taxes, cette idée de flexibiliser les taxes peut permettre une relance de l’économie, ou du moins limiter la crise de confiance. Un choc suffisamment fort sur les taxes pourrait en effet limiter la casse, relancer (peut-être selon madame Lagarde) l’économie. Mais ce que madame Lagarde oublie en disant cela, c’est qu’une baisse de la TVA (non pas temporaire car la crise ne risque pas de l’être), permettrai un transfert implicite de l’argent de l’état à toutes les entreprises soumises à la TVA. Alors certes, comme vous le dites, cela ne peut que profiter aux entreprises. J’ai envie de vous répondre: et alors ? Nos entreprises n’ont-elles pas besoin d’argent en ce moment ? N’ont-elles pas besoin de soutien de l’état via des mesures d’assouplissement fiscales ?

Allons plus loin: si les entreprises gonflent légèrement leur marges comme vous le sous entendez (même si le mécanisme n’est pas à 100% réalisable car en cette période, les entreprises sont conscientes que pour continuer à faire des bénéfices et à passer le cap de la crise, il faut vendre plus et donc pour la plupart baisser les prix car ces mêmes entreprises savent pertinemment que le pouvoir d’achat des français est en berne depuis quelques mois), cela ne relancera pas l’embauche ? En cette période, je devrais reformuler ma question: cela ne limitera pas les licenciements ? En effet, une entreprise qui gonfle ses marges gonfle aussi, et on l’espère tous, son bénéfice. Sauf qu’en ce moment, le mot bénéfice se fait rare et l’on parle plutôt de perte (pour toutes les entreprises, sur tous les secteurs, à court ou moyen terme). Nous devrions donc poser la question de cette manière: cela ne limitera-t-il pas les licenciements ? Cela ne permettra pas d’avoir moins de gens au chômage ? Ces même indemnités chômage, qui les payent ? C’est vous ! Alors avez vous bien optimisé votre système fiscal, votre arbitrage entre baisser la TVA et avoir moins de chômeurs ou ne pas baisser la TVA et courir le risque d’avoir plus de chômeurs. Dans les deux cas, le budget de l’état sera affecté ! Donc que faire madame Lagarde ?

Je vais tout de même vous défendre mais je ne peux pas ne pas rester objectif tout de même: en effet, baisser la TVA serait une mauvaise chose. Non pas que cela augmenterai les marges, (car comme nous venons de le dire, en cette période, ce n’est pas si grave car cela peut, outre renforcer la consommation via une éventuelle baisse des prix, au moins limiter la casse issue des licenciements de masse qui se produisent depuis déjà plus d’un mois dans le monde entier), mais cela amputerai fortement le budget de l’état. En effet, la TVA est la principale ressource de l’état. C’est l’impôt qui génère le plus de recette fiscale, et le diminuer renforcerai le déficit budgétaire assez fortement.

Mais mon devoir d’objectivité doit reprendre le dessus et répondre simplement: tant mieux ! Et oui, en période de crise, quoi de plus normal qu’un état interventionniste qui injecte des deniers (et donc accroit son déficit) pour soutenir son économie qui, on en est certain maintenant, ne se relèvera pas toute seule. Rectifions cette dernière phrase avant de clôturer notre article: elle peut se relever toute seule car les mécanismes auto-régulateurs de l’économie de marché le permettent, mais à quel prix ! Attention, ne voyez pas en cela une quelconque diabolisation de l’économie de marché, que j’admire car je pense savoir de quoi je parle. Mais une système tout seul ne peut être bon. C’est comme un portefeuille financier: « mettre tout ses œufs dans le même panier », c’est accentuer ses risques. Diversifier reste la meilleure couverture. En ce qui concerne les dispositifs économiques, c’est pareil: une économie purement de marché, cela ne marcherai pas. Mais je pense que sans l’économie de marché, on ne s’en sortirai pas !

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