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Michael Jackson est mort, la croissance est partie avec lui…

Posted by Economie-Finance.com on Lundi, 12 octobre, 2009

Quelle belle histoire cette croissance économique. Ça va, ça viens, ça s’en va et ça reviens… mais malgré toutes les politiques monétaires et les règles de ciblage de croissance en vogue aux USA, ça fluctue. Alors certes, nous n’en sommes pas au marasme de 1929, mais les comparaisons existent bel et bien.

Allons, il y a des bonnes nouvelles tout de même: l’Australie qui augmente ses taux d’intérêt directeurs. L’augmentation du coût de l’argent est une première pour la Banque Centrale Australienne (RBA) depuis mars 2008. C’est d’ailleurs la première Banque centrale d’une économie des grands pays développés à augmenter ses taux depuis le début de la crise financière. Et ce avant même que la Réserve Fédérale américaine (Fed) ne donne le ton.

La nouvelle a d’ailleurs surpris nombre d’analystes, la plupart ayant tablé sur une hausse des taux dans seulement quelques mois. Le Gouverneur Glenn Stevens a estimé dans un communiqué qu’étant donné que « la croissance va probablement se rapprocher de son rythme de croisière au cours de l’année à venir, que l’inflation se rapproche de l’objectif fixé et que le risque d’une grave contraction économique en Australie est maintenant derrière nous, (…) il est aujourd’hui prudent de commencer à diminuer progressivement l’impulsion fournie par la politique monétaire ».

OK, c’est génial. Mais est-ce que cela veut vraiment dire quelque chose ? L’Australie, c’est loin, tout comme la connaissance du rythme de croisière de la croissance d’un pays ! (à un an !!!, c’est mieux que Madame Soleil…) Donc prudence. Il faut focaliser son attention sur le mot « probablement ». Cette baisse a donné des signaux positifs aux marchés en ce début du mois d’Octobre, mais ces signaux sont-ils justes par rapport à cette probabilité ? Ou plutôt, le filtre (des mauvais signaux) ne va-t-il pas tarder à arriver, et recadrer peut-être plus sévèrement les marchés ? En tout cas, la croissance mondiale n’est pas au rendez vous, tout comme sa « juste » mesure (et sa mesurabilité ?).

Car encore plus étonnant que cette montée de toux, euh pardon, de taux, le Rapport Stiglitz sur la mesure de la croissance. Bon, tout le monde s’accorde à dire et répète qu’il s’agit d’une avancée majeure dans la comptabilité de la croissance. OK, c’est génial ça aussi. D’ailleurs, on y avait vraiment pas pensé. Nos étudiants en économie le savent: je suis ironique car ils n’auraient pas eu leur Master 1 sans savoir que l’IDH tiens une place importante dans la comptabilité de la croissance des pays en développement. L’IDH ? What’s that ?

C’est l’Indice de Développement Humain qui est un indice statistique composite, créé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1990, évaluant le niveau de développement humain des pays du monde.

Le concept du développement humain est plus large que ce qu’en décrit l’IDH qui n’en est qu’un indicateur créé pour évaluer ce qui n’était mesuré auparavant qu’avec imprécision. L’indicateur précédent utilisé, le PIB par habitant, ne donne pas d’information sur le bien-être individuel ou collectif, mais n’évalue que la production économique. Il présente des écarts qui peuvent être très importants avec l’IDH. L’indice a été développé en 1990 par l’économiste pakistanais Mahbub ul Haq et l’économiste indien Amartya Sen. Pour Sen comme pour le PNUD, le développement est plutôt, en dernière analyse, un processus d’élargissement du choix des gens qu’une simple augmentation du revenu national.

Alors là certains pensent que j’ai pompé un paragraphe du Rapport Stiglitz. Je vais répondre franchement, j’ai pompé… WiKiPédia !!! Comme vous pouvez le constater, il ne se passe pas une journée sans que l’on parle de ce superbe rapport Stiglitz sur cette différente manière de mesurer la croissance. Mais cela fait presque 20 ans que l’ONU l’utilise pour les pays en voie de développement et ce n’est que maintenant que l’on en parle ? Faut-il un coup de pied au … au système politique ou économique pour réviser ses classiques de Master 1 (Maitrise) ? Autre explication: on nous prend pour des … en prétextant que le rapport Stiglitz est différent de l’IDH. Pour les initiés, on sait que l’IDH dépend de celui qui l’utilise, et des coefficients qu’il attribue lors de sa calibration. Donc aux pondérations près, le Rapport Stiglitz à déjà 20 ans ;-)

Pour clôturer cet article, un extrait intéressant concernant le Rapport Stiglitz:

Le rapport final de 291 pages, que Le Figaro s’est procuré dans sa version anglaise, préconise de revoir de fond en comble les modes de calcul de la croissance. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une révolution : tous les indicateurs mis en avant par la commission existent déjà, qu’il s’agisse par exemple de la mesure de la santé des individus, de leurs habitudes de consommation, de leurs revenus, de leur patrimoine ou encore de leur consommation de loisirs. Mais, selon la commission, il faut changer de méthode. «Aujourd’hui, lit-on en préambule du rapport, l’accent est mis sur le calcul du PIB, alors que l’analyse du produit national net – qui prend en compte la dépréciation des moyens de production – ou le revenu net des ménages peuvent être plus pertinents ». Bref, «le PIB n’est pas faux en soi, mais peut être faussement utilisé».

Parmi les nombreuses pistes qu’elle étudie pour mieux décrire la réalité économique, la commission insiste plus particulièrement sur trois sujets. D’abord, remettre les individus au centre de toute analyse. S’il ne connaît pas la situation réelle des ménages (richesse, bien-être…), un dirigeant politique «est comme un pilote sans boussole». Et les mesures qu’il prend peuvent avoir l’effet inverse de celui escompté. À cet égard, la notion de qualité de vie est centrale. «Les embouteillages peuvent accroître le PIB puisqu’ils entraînent une augmentation de la consommation d’essence, mais pas le bien-être», ironise la commission.

Deuxième axe fort : les statistiques doivent mieux valoriser le montant des transferts en nature de l’État vers les ménages. Les dépenses de santé, d’éducation ou de sécurité, par exemple, sont comptabilisées en fonction de leur coût d’entrée, c’est-à-dire le nombre de médecins, de professeurs ou de policiers. Mais le bien-être et le développement qu’elles procurent, générateurs de richesses supplémentaires, sont trop rarement pris en compte. Le faire permettrait de calculer différemment la croissance des pays les uns par rapport aux autres, favorisant ceux où la dépense publique est la plus efficace, donc la plus productive. Enfin, la mission Stiglitz revient longuement sur la question du développement durable. Les économistes se montrent critiques sur la jungle des indicateurs existants dans le monde pour tenter de mesurer l’impact sur l’environnement de la croissance. Et estiment urgent de revenir à des critères simples : le développement durable est celui qui laisse davantage aux générations futures qu’aux générations présentes !

Technique au premier abord, le rapport Stiglitz se révèle, au final, d’une grande modernité : il dépeint un monde où la situation de l’individu prône sur celle de la nation…


Aléa moral, institutions et crise.

Posted by Economie-Finance.com on Lundi, 15 décembre, 2008

Afin de mieux cerner notre propos, commençons par une définition du risque moral (moral hazard en anglais) dans le cadre d’asymétrie d’information. Le risque moral (encore appelé aléa de moralité) est le second concept induit par une situation d’information asymétrique. Mais, à la différence du risque d’antisélection, il s’agit d’un risque postérieur à la conclusion du contrat (« ex-post »). Le fait de conclure un contrat avec un agent risque de provoquer de sa part un comportement négatif (peu « moral ») susceptible d’aggraver a posteriori les conditions de la partie principale qui s’est engagée.

L’exemple classique est fourni en matière d’assurance. Le contrat est par nature aléatoire, c’est-à-dire que l’assureur couvre un risque dont il ne peut qu’estimer la probabilité de survenance. Or, le fait d’être garanti peut accroître la prise de risque de la part de l’assuré.

En supposant qu’une compagnie d’assurance accepte d’assurer les automobilistes contre les amendes et frais liés aux excès de vitesse, le risque est grand pour l’assureur de voir ses assurés rouler encore plus vite (et donc de devoir payer plus d’amendes) en raison même de l’assurance.

Certains prétendent aussi que le remboursement à 100 % des médicaments entraînerait une surconsommation médicale.

En économie financière (finances nationales ou internationales), la théorie conduit à affirmer que la remise de certaines dettes ou l’existence d’un prêteur en dernier ressort (Institution internationale, État ou Banque centrale) peut aussi inciter les agents endettés (par exemple des banques commerciales ou des pays) à prendre des risques excessifs affectant leur solvabilité puisque ces agents, quoiqu’il arrive, n’ont pas à craindre les conséquences de leurs actions.

En économie de la réglementation, une entreprise qui a passé un contrat avec les pouvoirs publics peut ultérieurement à la passation du contrat, se montrer peu efficace, voire inattentive à sa gestion (tel est le cas de l’entreprise indemnisée pour faire des investissements de dépollution qui se soucie peu, après avoir été indemnisée, de l’environnement ; ou du monopole public qui se préoccupe plus de son intérêt propre que de l’intérêt général).

La stratégie pour limiter le risque moral est double : elle passe par le contrôle du mandant ; elle peut consister aussi en l’intéressement de l’agent aux résultats afin de s’assurer de son efficacité effective.

Quid des plans de sauvetage actuels ?

Peu de gens se posent cette question, qui pourtant doit trouver un écho: certes les banques sont des entreprises à part, comme nous l’avons vue lors de précédents articles, mais en quoi des entreprises industrielles telles que General Motors ou Ford sont des entreprises aussi spéciales que les banques (qui détiennent nos épargnes et nos comptes courants et qui financent l’économie via la mise à disposition de crédits et d’outils de financement) ?

Bien évidemment, je ne proclame pas ici ma volonté d’assainir l’économie au point de faire émerger une volonté de mise à la porte pour chômage technique de milliers d’ouvriers américains du secteur automobile, mais je me pose la question suivante: sauver General Motors and Co. au risque de voir taper à la porte de l’état interventionniste d’autres entreprises en difficulté (infrastructures, transports, construction…) qui réclameront une forme de jurisprudence interventionniste (exagérée), ou laisser faire le marché (financement, loi sur les faillites aux U.S.A, fusions et acquisitions de certains pôles…) au risque évident de détruire des milliers d’emplois ?

Je ne pense pas qu’une réponse manichéenne puisse exister.

Mais une évidence subsiste tout de même: le risque engendré par une suite de faillites et de fusions acquisitions, entrainant des destructions d’emplois massives, est tout de même bien inférieur au risque engendré par une intervention de l’état (massive elle aussi), permettant aux (grosses) entreprises de prendre des risques surdimensionnés avec leur outils de production (tant du point de vue du capital financier que du capital humain et matériel). Car ne nous voilons pas la face: c’est bien d’une autorisation implicite à prendre un risque « anormal » dont on parle. En d’autres termes, c’est un problème (« massif ») d’aléa moral dont il est question ici. Il faudra pourtant choisir.

Aléa moral vs. destructions massives d’emplois

Les entreprises du secteur automobile sont les premières concernées, mais ne seront surement pas les dernières. En effet, la gestion déplorable de leurs anticipations de vente n’est pas la raison principale de la quasi faillite de ce secteur d’activité. La restriction du crédit (car 95% des achats de véhicules se font à crédit) conjuguée à une aversion des consommateurs/entreprises pour les investissements (confiance vs. automobile) reste la principale cause de la chute vertigineuse des ventes et des anticipations de ventes de voitures dans le monde.

De la même manière, des secteurs tels que la construction et l’immobilier, l’aviation et la construction navale (ou d’autres infrastructures), seront touchés. Faudra-t-il intervenir ? Posons la question en supposant que l’état (américain, français, allemand) intervienne: pourquoi ne pas intervenir ? En effet, si l’état intervient une fois, il est « obligé » d’intervenir mille fois car l’un réclamera comme l’autre prétextant, non sans torts, qu’il n’est pas une industrie négligeable (du point de vue du capital humain par exemple).

Le risque moral se manifesterait aussi par le fait que l’état, en intervenant, permet à ces entreprise (ou d’autres) de renforcer l’idée que la prise de risque est « assurée » par l’état qui renfloue les caisses.

Une crise sans fin ? Une crise a toujours une fin, mais les moyens d’y parvenir différent fortement selon les économistes et les politiques. Mais bien que le retour en grâce de l’interventionnisme est largement validé par tous les pays du monde, il faut rester calme et surtout ne pas se précipiter au risque de créer un crise encore plus grave pour les années à venir: le surplus de confiance envers l’état « assureur ». Sans pour autant me référer à une certaine main invisible du marché* (Adam Smith), il serait préférable de laisser l’économie trouver son chemin, même si l’on passe par des moments difficiles en termes de chômage et de déceptions.

Dernière question avant de clôturer cet article
En plus de l’arbitrage complexe exposé si dessus entre la limitation du risque moral et l’intervention permettant de « sauver » certains secteurs industriels tels que l’automobile, un second arbitrage doit être exposé et analysé au plus vite par l’administration (qu’elle soit américaine ou européenne): quel serait le différentiel entre le cout de la non-intervention (paiement par l’état des allocations chômage, pertes des charges salariales et patronales, baisse du pouvoir d’achat diminuant les recettes fiscales etc…) et le coût de l’intervention de l’état ? En effet, cela ne couterait-il pas plus cher à l’état d’intervenir au risque que cela ne marche pas (si l’économie ne suit pas, la demande n’est pas là, les stocks sont trop conséquents, la technologie (pétrole) est en transition (voiture électrique, normes écologiques)…) plutôt que de ne pas intervenir ?

Une chose est sure (et même certaine): l’état est perdant et par voie de conséquence nous sommes perdants (peut être pas nous mais nos enfants).

*Adam Smith n’est pas pour autant l’apôtre d’un capitalisme sauvage. Le principe du marché tel qu’il le décrit s’applique à l’économie artisanale de son époque. Il en a conscience et dénonce les industriels qui par les ententes et les monopoles tentent de contourner la loi du marché à leur seul profit. Ce n’est donc pas l’État qui menace le plus l’économie de marché mais plutôt les industriels, et il revient à l’autorité souveraine de s’assurer du respect des règles du marché.

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