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Crise: derrière ou devant nous ?

Posted by Economie-Finance.com on Mardi, 22 septembre, 2009

Le calme commence à revenir sur les marchés financiers. Un calme apparent ou d’apparat, comme vous voudrez, mais il est bel et bien revenu. Enfin! devrait-on dire après le cyclone monétaire et financier de ces 12 derniers mois (eh oui, la crise fête sa première bougie même si elle devrait fêter sa deuxième selon les économistes ayant tiré la sonnette d’alarme dès 2007).

Alors on est tous heureux, et tout le monde est content, des traders aux hommes politiques… et pourtant. Pourtant, ils n’ont pas l’air d’être content, et cela se comprend. Ce calme, c’est celui qui est juste avant la tempête, celui qui précède et qui suit la tempête. Une sorte d’œil du cyclone: on se fait mal en y entrant, on est bien dedans, mais un jour, il va bel et bien falloir en sortir, et la sortie fait la même sensation que l’entrée: mal !

Et pour couronner le tout, une pandémie d’un cochon mexicain vient brider les anticipations économiques et surtout le moral des agents. Nous sommes gâtés. A peine la terrible crise financière s’estompe-t-elle que la terrible maladie s’abat sur l’humanité. On se demande ce que nous réserve 2010: La faillite de la moitié des entreprises automobiles qui n’ont pas sues se reconvertir ? La guerre en Iran ? La re-guerre en Irak ? Le chômage ? La mort de ma grand mère en période de déflation grippant la politique monétaire ?

Creusons.

Si la première partie de la crise est passée de manière certaine, cette même certitude penche vers une deuxième vague, confirmée par la grippe des « cochonnes » (qui peut amoindrir le PIB mondial à venir (négatif) de 0,2 à 1,2%) et les tensions sur les matières premières. D’ailleurs, une récente étude du NBER (National Bureau of Economic Research) confirme la survenue d’une crise financière à la suite d’une forte hausse des matières premières. Cette hausse serait en fait un signe précurseur, un signal assez fiable d’ailleurs, cqfd les 100 dernières années.

Un petit résumé de la publication de James Hamilton (2009): « This paper explores similarities and differences between the run-up of oil prices in 2007-08 and earlier oil price shocks, looking at what caused the price increase and what effects it had on the economy. Whereas historical oil price shocks were primarily caused by physical disruptions of supply, the price run-up of 2007-08 was caused by strong demand confronting stagnating world production. Although the causes were different, the consequences for the economy appear to have been very similar to those observed in earlier episodes, with significant effects on overall consumption spending and purchases of domestic automobiles in particular. In the absence of those declines, it is unlikely that we would have characterized the period 2007:Q4 to 2008:Q3 as one of economic recession for the U.S. The experience of 2007-08 should thus be added to the list of recessions to which oil prices appear to have made a material contribution. » Lire la suite de Causes and Consequences of the Oil Shock of 2007–08

Vous l’aurez compris, ce n’est pas fini. La pandémie et les prix instables, tant des matières premières que des risques encore réels de déflation, pèseront sur la fin de l’année 2009 et bien entendu sur le début de l’année 2010. La question est de savoir comment vont se former dans les semaines à venir les anticipations des agents et des market makers. De plus, la structure de l’économie, tant mondiale que nationale ou européenne, est en pleine mutation. De l’automobile, où de grands changements sont à prévoir, à la Pharmacie ou l’informatique, des bonnes et des mauvaises nouvelles vont profondément influencer la structure à venir de l’économie et du tissu de l’activité.

Pour clore cette mise en garde, regardez autour de vous. Vous voyez le beau-temps du début de l’automne, moi je vois des chômeurs, tout plein de chômeurs. Pas uniquement en France, ça, j’ai l’habitude. Je les vois aux USA, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Russie, en Chine, en Inde, en Angleterre etc…

Vous allez me prendre pour un paranoïaque, et je ne contesterai pas. Mais si il s’avère que ce diagnostic prenne pied dans la réalité économique dans les semaines ou les mois à venir, ma paranoïa sera vite oubliée au profit de… votre recherche d’emploi ;-)

Bon courage à toutes et tous…


Aléa moral, institutions et crise.

Posted by Economie-Finance.com on Lundi, 15 décembre, 2008

Afin de mieux cerner notre propos, commençons par une définition du risque moral (moral hazard en anglais) dans le cadre d’asymétrie d’information. Le risque moral (encore appelé aléa de moralité) est le second concept induit par une situation d’information asymétrique. Mais, à la différence du risque d’antisélection, il s’agit d’un risque postérieur à la conclusion du contrat (« ex-post »). Le fait de conclure un contrat avec un agent risque de provoquer de sa part un comportement négatif (peu « moral ») susceptible d’aggraver a posteriori les conditions de la partie principale qui s’est engagée.

L’exemple classique est fourni en matière d’assurance. Le contrat est par nature aléatoire, c’est-à-dire que l’assureur couvre un risque dont il ne peut qu’estimer la probabilité de survenance. Or, le fait d’être garanti peut accroître la prise de risque de la part de l’assuré.

En supposant qu’une compagnie d’assurance accepte d’assurer les automobilistes contre les amendes et frais liés aux excès de vitesse, le risque est grand pour l’assureur de voir ses assurés rouler encore plus vite (et donc de devoir payer plus d’amendes) en raison même de l’assurance.

Certains prétendent aussi que le remboursement à 100 % des médicaments entraînerait une surconsommation médicale.

En économie financière (finances nationales ou internationales), la théorie conduit à affirmer que la remise de certaines dettes ou l’existence d’un prêteur en dernier ressort (Institution internationale, État ou Banque centrale) peut aussi inciter les agents endettés (par exemple des banques commerciales ou des pays) à prendre des risques excessifs affectant leur solvabilité puisque ces agents, quoiqu’il arrive, n’ont pas à craindre les conséquences de leurs actions.

En économie de la réglementation, une entreprise qui a passé un contrat avec les pouvoirs publics peut ultérieurement à la passation du contrat, se montrer peu efficace, voire inattentive à sa gestion (tel est le cas de l’entreprise indemnisée pour faire des investissements de dépollution qui se soucie peu, après avoir été indemnisée, de l’environnement ; ou du monopole public qui se préoccupe plus de son intérêt propre que de l’intérêt général).

La stratégie pour limiter le risque moral est double : elle passe par le contrôle du mandant ; elle peut consister aussi en l’intéressement de l’agent aux résultats afin de s’assurer de son efficacité effective.

Quid des plans de sauvetage actuels ?

Peu de gens se posent cette question, qui pourtant doit trouver un écho: certes les banques sont des entreprises à part, comme nous l’avons vue lors de précédents articles, mais en quoi des entreprises industrielles telles que General Motors ou Ford sont des entreprises aussi spéciales que les banques (qui détiennent nos épargnes et nos comptes courants et qui financent l’économie via la mise à disposition de crédits et d’outils de financement) ?

Bien évidemment, je ne proclame pas ici ma volonté d’assainir l’économie au point de faire émerger une volonté de mise à la porte pour chômage technique de milliers d’ouvriers américains du secteur automobile, mais je me pose la question suivante: sauver General Motors and Co. au risque de voir taper à la porte de l’état interventionniste d’autres entreprises en difficulté (infrastructures, transports, construction…) qui réclameront une forme de jurisprudence interventionniste (exagérée), ou laisser faire le marché (financement, loi sur les faillites aux U.S.A, fusions et acquisitions de certains pôles…) au risque évident de détruire des milliers d’emplois ?

Je ne pense pas qu’une réponse manichéenne puisse exister.

Mais une évidence subsiste tout de même: le risque engendré par une suite de faillites et de fusions acquisitions, entrainant des destructions d’emplois massives, est tout de même bien inférieur au risque engendré par une intervention de l’état (massive elle aussi), permettant aux (grosses) entreprises de prendre des risques surdimensionnés avec leur outils de production (tant du point de vue du capital financier que du capital humain et matériel). Car ne nous voilons pas la face: c’est bien d’une autorisation implicite à prendre un risque « anormal » dont on parle. En d’autres termes, c’est un problème (« massif ») d’aléa moral dont il est question ici. Il faudra pourtant choisir.

Aléa moral vs. destructions massives d’emplois

Les entreprises du secteur automobile sont les premières concernées, mais ne seront surement pas les dernières. En effet, la gestion déplorable de leurs anticipations de vente n’est pas la raison principale de la quasi faillite de ce secteur d’activité. La restriction du crédit (car 95% des achats de véhicules se font à crédit) conjuguée à une aversion des consommateurs/entreprises pour les investissements (confiance vs. automobile) reste la principale cause de la chute vertigineuse des ventes et des anticipations de ventes de voitures dans le monde.

De la même manière, des secteurs tels que la construction et l’immobilier, l’aviation et la construction navale (ou d’autres infrastructures), seront touchés. Faudra-t-il intervenir ? Posons la question en supposant que l’état (américain, français, allemand) intervienne: pourquoi ne pas intervenir ? En effet, si l’état intervient une fois, il est « obligé » d’intervenir mille fois car l’un réclamera comme l’autre prétextant, non sans torts, qu’il n’est pas une industrie négligeable (du point de vue du capital humain par exemple).

Le risque moral se manifesterait aussi par le fait que l’état, en intervenant, permet à ces entreprise (ou d’autres) de renforcer l’idée que la prise de risque est « assurée » par l’état qui renfloue les caisses.

Une crise sans fin ? Une crise a toujours une fin, mais les moyens d’y parvenir différent fortement selon les économistes et les politiques. Mais bien que le retour en grâce de l’interventionnisme est largement validé par tous les pays du monde, il faut rester calme et surtout ne pas se précipiter au risque de créer un crise encore plus grave pour les années à venir: le surplus de confiance envers l’état « assureur ». Sans pour autant me référer à une certaine main invisible du marché* (Adam Smith), il serait préférable de laisser l’économie trouver son chemin, même si l’on passe par des moments difficiles en termes de chômage et de déceptions.

Dernière question avant de clôturer cet article
En plus de l’arbitrage complexe exposé si dessus entre la limitation du risque moral et l’intervention permettant de « sauver » certains secteurs industriels tels que l’automobile, un second arbitrage doit être exposé et analysé au plus vite par l’administration (qu’elle soit américaine ou européenne): quel serait le différentiel entre le cout de la non-intervention (paiement par l’état des allocations chômage, pertes des charges salariales et patronales, baisse du pouvoir d’achat diminuant les recettes fiscales etc…) et le coût de l’intervention de l’état ? En effet, cela ne couterait-il pas plus cher à l’état d’intervenir au risque que cela ne marche pas (si l’économie ne suit pas, la demande n’est pas là, les stocks sont trop conséquents, la technologie (pétrole) est en transition (voiture électrique, normes écologiques)…) plutôt que de ne pas intervenir ?

Une chose est sure (et même certaine): l’état est perdant et par voie de conséquence nous sommes perdants (peut être pas nous mais nos enfants).

*Adam Smith n’est pas pour autant l’apôtre d’un capitalisme sauvage. Le principe du marché tel qu’il le décrit s’applique à l’économie artisanale de son époque. Il en a conscience et dénonce les industriels qui par les ententes et les monopoles tentent de contourner la loi du marché à leur seul profit. Ce n’est donc pas l’État qui menace le plus l’économie de marché mais plutôt les industriels, et il revient à l’autorité souveraine de s’assurer du respect des règles du marché.

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